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Henriette Cornier, 1825 - Un bébé en deux morceaux

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Henriette Cornier

En résumé

Nous sommes le 3 novembre 1825 à Paris dans l'hôtel meublé des époux Fournier. Située au 52 bis rue de la Pépinière, la résidence abrite depuis quelques jours Henriette Cornier, domestique dont les débuts ne sont guère prometteurs. La jeune femme de vingt-sept ans est travailleuse mais elle semble rongée de l'intérieur par une étrange mélancolie, quelque chose en elle fait froid dans le dos, à tel point qu'il est déjà envisagé de lui donner ses huit jours ; mais avant d'en arriver là, Madame Fournier veut s'entretenir avec elle dans la matinée, espérant obtenir des raisons de se montrer patiente, une grandeur d'âme qu'elle va amèrement regretter...

À sa décharge, Henriette Cornier n'a pas eu une vie facile. Née à Charité-sur-Loire dans la Nièvre, cette fille de boulanger perd très tôt ses parents. Elle est alors recueillie par une tante, une ancienne religieuse un peu austère mais qui sait se montrer aimante. À douze ans, l'histoire se répète lorsque meurt sa tante. Confiée aux bons soins d'un nouveau tuteur, Monsieur Roy-Bernard, elle entame alors une adolescence aux allures de chemin de croix. Sévère et violent, le sieur Roy-Bernard la persécute jusqu'à ses dix-neuf ans, âge où elle s'émancipe de cette tutelle infernale en épousant un certain Monsieur Berton. La joie d'être enfin libre est cependant de courte durée, son sauveur se révélant être un velléitaire incapable de subvenir aux besoins du couple. Quatre mois après son mariage, voyant se dessiner devant elle une vie misérable, elle fuit à Paris chez son frère aîné.

Une fois à Paris, les choses s'améliorent dans un premier temps. Pouvant compter sur un bon salaire aux messageries royales, son frère lui offre bien volontiers le gîte et le couvert. Il parvient ensuite à la placer comme domestique dans de bonnes maisons, Henriette Cornier a une formation de couturière et adore les enfants qui le lui rendent bien, elle a ainsi de vrais atouts à faire valoir. Elle est alors une jeune femme enjouée, trop même du goût de ses employeurs, mais ils s'en accommodent finalement tous car elle est travailleuse et digne de confiance.

Il y a toutefois une ombre au tableau, les hommes. Loin de sa Nièvre natale, Henriette Cornier se laisse aller plusieurs années durant à des moeurs que la morale réprouve ; d'autant que jeune, grande et élancée, elle a tout pour plaire. Les amants s'enchaînent, la mettant enceinte à deux reprises d'enfants qu'elle abandonnera, elle qui aime tant ceux des autres. Aujourd'hui révolue, cette période l'a métamorphosée. Sa gaieté a disparu, remplacée par cette morosité qu'on lui connaît désormais. Elle a même tenté de mettre fin à ses jours quelques semaines plus tôt, un matin de septembre, sauvée in extremis par des passants qui l'ont empêchée de se jeter du pont au Change.

Il est temps pour Madame Fournier de s'entretenir avec sa domestique. Henriette Cornier lui parle de son enfance d'orpheline et des mauvais traitements infligés par son tuteur, période traumatisante de sa vie dont elle dit avoir des réminiscences douloureuses. Touchée par ce récit, Madame Fournier décide de lui accorder un sursis.

Crime d'Henriette Cornier

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Le lendemain, 4 novembre, les époux Fournier quittent leur domicile à treize heures quinze après avoir demandé à Henriette Cornier d'aller acheter du Brie chez les Belon, les épiciers de l'immeuble adjacent. Faire des commissions chez eux a le don de raviver un peu sa bonne humeur d'antan, Madame Belon tient souvent la caisse avec Fanny, sa fille de dix-neuf mois, or, il semble rester quelque chose de sa passion pour les enfants.

Elle descend chez les Belon peu après le départ de ses maîtres et achète pour trois sous de brie. Comme à son habitude, elle cajole ensuite la petite Fanny tout en bavardant avec sa mère. Il est question du temps qui est magnifique pour un mois de novembre, Madame Belon irait d'ailleurs bien se promener avec sa fille. Henriette Cornier lui propose alors de la garder pendant qu'elle se prépare, il lui suffira de toquer chez les Fournier lorsqu'elle sera prête.

Elle repart ainsi avec Fanny dans les bras. Après une halte en cuisine, elle prend l'escalier pour gagner sa loge. Elle installe confortablement l'enfant et lui scie la tête avec un couteau dérobé dans la cuisine. Le sang jaillit de toute part, maculant à la fois le lit, le sol et la meurtrière. Une fois Fanny débitée en deux morceaux, elle pose sa tête sur le rebord de la fenêtre.

Vers quatorze heures, Madame Belon apparaît dans le vestibule de l'immeuble. Ne sachant pas précisément où loge Henriette Cornier, elle l'appelle du bas de l'escalier. L'intéressée émerge alors de ses quartiers.

  • Que me voulez-vous ? Demande-t-elle nonchalamment.
  • Je viens chercher mon enfant. Donnez-le moi.
  • Il est mort, votre enfant.

Pensant à une blague de mauvais goût, Madame Belon insiste. Henriette Cornier lui répète que Fanny est morte en faisant barrage devant sa porte. Désormais paniquée, la mère pénètre de force dans la chambre et fait face à l'horrible mise en scène. Anéantie devant sa fille décapitée, elle se met à hurler. Henriette Cornier se précipite alors vers la fenêtre, l'ouvre et jette dans la rue la tête de Fanny. En pleurs et sidérée, Madame Belon rejoint son mari au pas de course. Affolé par le récit de son épouse, monsieur Belon se précipite dans la rue et voit la tête de sa fille gisant dans des eaux stagnantes, juste après qu'un fiacre ait bien failli l'écraser. Il la ramasse en larmes, l'embrasse et retourne chez lui.

Pendant ce temps, Henriette Cornier s'assoit et attend.

La police ne tarde pas à arriver. Henriette Cornier l'accueille tout naturellement dans sa chambre, installée sur une chaise à proximité du couteau et du cadavre. Ou du moins, ce qu'il en reste. Elle avoue spontanément le crime et se laisse arrêter, sans faire d'histoire.

Procès d'Henriette Cornier

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Le procès s'ouvre le 27 février 1826. Henriette Cornier ayant fait des aveux complets, le verdict paraît inéluctable. Il reste malgré tout deux énigmes à résoudre, le mobile d'une part, et d'autre part, compte tenu de la nature du crime, l'état mental de l'accusée. Le procès est donc ajourné afin de soumettre Henriette Cornier à une expertise médicale. Internée quelques mois à la Salpêtrière, elle est notamment suivie par Jean-Étienne Esquirol, aliéniste de renom qui lui diagnostiquera des tendances monomaniaques. Perturbée mais pas folle à proprement parler, elle est apte à être jugée.

Le 24 juin 1826, lors de la reprise du procès, Henriette Cornier réitère calmement ses aveux et répond sans détour aux questions, affirmant que le crime n'était pas prémédité, simplement le résultat d'une pulsion irrationnelle. Elle est finalement reconnue coupable d'homicide volontaire, commis sans préméditation, l'avocat général n'ayant pu la démontrer. Condamnée aux travaux forcés à perpétuité et à la flétrissure, elle ne réagit pas.

Incarcérée à la prison Saint-Lazare et marquée le 17 septembre 1826, elle sera jusqu'à la fin une détenue discrète.

Quelques années plus tard, elle aurait avoué à une codétenue que le crime était bien prémédité. Elle connaissait déjà Monsieur Belon avant d'entrer chez les Fournier, cet homme ayant été l'un de ses amants. Finalement éconduite, elle voulait depuis lors se venger. Lorsqu'elle apprit par hasard que ses voisins cherchait une domestique, elle vit là une occasion inespérée de se rapprocher de lui afin d'assouvir sa vengeance, puis, voyant sa fille, échafauda son plan.

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Sources de l'article

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Publié par Jean-Charles Pouzet sur Caedes le 30-04-2023

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