Xavier Dupont de Ligonnès / Pierre Rivière
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Xavier Dupont de Ligonnès
Avant la tuerie
Xavier Dupont de Ligonnès. En 2010, cet entrepreneur de 49 ans mène la belle vie à Nantes: mariage heureux, 4 enfants épanouis et son entreprise cartonne. Il parle de vendre et réaliser son rêve: une retraite dorée aux États-Unis. En réalité, son mariage est moribond, ses finances calamiteuses, et les deux sont liés. Dix ans plus tôt, financé par son épouse Agnès disposant de 350 000 euros d'héritage, il crée "La Route des Commerciaux", plateforme d'hôtel-restaurants destinée aux VRP. L'idée est intéressante mais l'exécution désastreuse. En 2005, l'affaire ayant coûté 300 000 euros pour rien, Agnès ferme le robinet. Lui se croit à la veille de percer, alors il continue, et finit perclus de dettes en 2010.
À qui la faute ?
Dès lors, il rumine, durant des mois. Il n'en serait pas là si Agnès ne lui avait pas coupé les vivres, s'il ne fallait pas nourrir les enfants, calculant même combien chacun d'eux a coûté depuis sa naissance pour leur faire assumer son échec, et à force, il envisage de les tuer, ou plutôt, leur offrir le paradis.
Passage à l'acte
En janvier 2011, le décès de son père, trouvé mort dans son salon, agit tel un déclencheur. Le sachant propriétaire d'une carabine et consommateur de somnifères, il court chez lui se servir. Début avril, femme et enfants sont drogués, abattus, et enterrés sous la terrasse avec leurs deux chiens. Les jours suivants, il nettoie puis vide en partie la maison, envoie une rafale de courriers annonçant le déménagement immédiat de la famille à l'étranger, et le 10 avril, il prend la direction de Roquebrune-sur-Argens dans le Var, où il abandonne sa voiture le 15 avril, et disparaît, carabine à l'épaule. Les corps sont découverts le 21 avril, et encore à ce jour, Xavier Dupont de Ligonnès demeure introuvable...
Pierre Rivière
...contrairement à Pierre Rivière. Autre tuerie familiale sur fond de ruine et de déshonneur conduisant à la folie, mais avec une répartition des rôles très différente.
Avant la tuerie
En 1835, Pierre-Marguerin Rivière est un paysan de 42 ans menant la belle vie à La Faucterie, lieu-dit d'Aunay-sur-Odon dans le Calvados: mariage heureux, 5 enfants épanouis et comme paysan il s'en sort plutôt bien, il est même propriétaire de son exploitation. En réalité, son mariage est moribond, ses finances calamiteuses, et les deux sont liés. Dix-huit ans plus tôt, son épouse accouche de Victoire, deuxième enfant du couple. L'événement est heureux mais la suite désastreuse.
Soudainement gagnée par une forme d'hystérie, sa femme transforme tout en conflit, ne s'occupe plus de Pierre, leur fils aîné de 2 ans, et finalement abandonne le foyer. Elle retourne chez ses parents avec sa fille et a désormais une obsession: pousser son mari à se pendre. Elle lui retire leur fils Pierre le sachant très attaché à lui, le ruine en laissant partout des ardoises à son nom et le rend fou en faisant parfois miroiter une réconciliation, s'offre même à lui, avant de reprendre les hostilités. Quatre autres enfants vont ainsi naître, dont un à la santé fragile finissant par mourir vers 10 ans d'une méningite chez son père. Voyant alors son mari à terre, elle l'achève à coups de reproches, de nouvelles dépenses, et il se pend, en 1834. Mais il est sauvé in extremis. Sur ordre du juge de paix croyant bien faire, l'épouse alors obligée de regagner le foyer 18 ans après l'avoir abandonné.
À qui la faute ?
Sans surprise, la cohabitation se passe très mal. Mais cette fois leur fils Pierre, 20 ans désormais, est témoin de tout, et il réalise l'ampleur du calvaire vécu par son père depuis toutes ces années. Dès lors, il rumine, durant des mois. Son père n'en serait pas là sans sa mère, et il pourrait encore en être autrement, si seulement elle mourrait.
Passage à l'acte
Le 3 juin 1835, l'absence de son père agit tel un déclencheur. Armé d'une serpe, il égorge sa mère, puis sa sœur Victoire et son frère Jules, inféodés à leur mère, et part en cavale. Retrouvé 600 km plus loin en juillet, il est placé en état d'arrestation.
Procès
Le procès s'ouvre en novembre 1835. Pierre Rivière reconnaît pleinement les faits, il a même passé les derniers mois à écrire un mémoire de 40 pages pour justifier son geste. Sa santé mentale est au coeur du procès, sans l'empêcher dans un premier temps d'être condamné à mort. Sa peine sera par la suite commuée en perpétuité par Louis-Philippe Ier, à la demande d'un collège de médecins et d'une partie de la population. Le 20 octobre 1840, Pierre Rivière se pend dans sa cellule.
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Publié par Jean-Charles Pouzet sur Caedes le 11-04-2026
