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Entretien avec une sorcière

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Entretien avec une sorcière

En résumé

Nous sommes en 1899 à Rochefort-en-Terre, village morbihannais de 700 habitants où comptant sur les légendes bretonnes pour guider sa plume, Charles Géniaux, photographe et romancier, est venu de Paris trouver l'inspiration.

Son aubergiste lui parle justement de Naïa, la dernière sorcière du Morbihan. Elle est médium, ne craint pas le feu, ne se nourrit jamais, a le don d'ubiquité et ne vieillit pas. Exalté, Charles Géniaux veut la rencontrer. Par chance, elle vit tout près, mais il va devoir patienter...

Deux semaines plus tard, un garçon envoyé par Naïa le réveille et le conduit aux ruines d'un château où l'attend Naïa.

"Bonjour, mon fils ! Je t'attendais. Assieds-toi donc sur cette pierre, et causons."

Elle semble sexagénaire mais sans cheveux blancs, avec le regard perdu d'une aveugle, pourtant elle voit, et ses vêtements malgré leur usure sont d'une propreté incroyable.

Naïa doit ses dons extraordinaires à Gnâmi: "Celui qui peut, celui qui veut, celui qu'on ne voit pas.". Elle n'en tire aucun bénéfice car "Celui qui peut tout avoir n'a besoin de rien.". Elle n'en dira pas davantage mais l'invite à revenir la semaine suivante, il pourra alors la photographier.

Ce nouveau rendez-vous commence mal. Arrivé le premier, Charles Géniaux est surpris par une pluie battante l'obligeant la mort dans l'âme à renoncer aux photographies. Mais la pluie cesse dès l'arrivée de Naïa, les mains dirigées vers le ciel.

Naïa reprend. Elle ne mange pas. "Pourquoi faire ? Est-ce que les anges mangent ? Nous n'en avons pas besoin non plus !". Charles Géniaux l'écoute en installant son daguerréotype, Naïa prend la pose comme promis, s'en amuse même, mais doit finalement s'allonger, fatiguée à force de gesticulations.

Une fois réveillée, Naïa lui fait tendre la main pour en lire les lignes, elle voit des hommes noirs habillés en blanc, or, justement, Charles Géniaux était tout récemment en Algérie. Elle lui prouve ensuite sa résistance au feu avec des allumettes dont les flammes longeant sa peau ne la font même pas sourciller.

Voyant alors passer par là une jeune paysanne, elle la prend à témoin, devant bientôt, comme elle l'avait prédit, faire un très beau mariage avec le fils d'un notable.

Charles Géniaux photographie les deux femmes puis remballe tout, Naïa en a fini pour aujourd'hui.

Devant retourner à Paris, il ne reverra jamais Naïa. De cette rencontre, il tirera un article illustré publié le 1er octobre 1899, "Naïa la sorcière", devenu une référence du genre.

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Publié par Jean-Charles Pouzet sur Caedes le 23-01-2026

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