Toutes possédées
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Nous sommes en 1857 à Morzine, village savoyard de 800 habitants où le prêtre exorcise une fillette possédée. Mais l'exorcisme est un échec, pire encore, la possession se diffuse telle une épidémie ciblant les fillettes et les jeunes femmes.
Elles sont rapidement une centaine et mettent Morzine à feu et à sang, saccageant tout, essayant même de brûler vif un homme. Par moment la possession s'estompe, elles sont alors lucides, mais souffrent de divers symptômes: refus de s'alimenter ou au contraire un appétit incontrôlable, aversion pour les objets religieux ou somnambulisme.
Les mois défilant sans amélioration, une escouade de gendarmes et des médecins sont envoyés. L'évêque d'Annecy se rend également sur place, et à peine arrivé, les possédées essaient de le tuer. Aux grands maux les grands remèdes, Morzine passe sous contrôle militaire. Des soldats exfiltrent les possédées vers des hospices, où leur état s'améliore, mais aussitôt de retour à Morzine, tout recommence. Encore et encore. Et cet enfer dure treize ans.
En 1870, elles sont enfin libérées du diable. Ou plutôt, elles réalisent n'avoir jamais été possédées...
La première fillette s'est crue possédée après avoir entendu parler de possession. Et en l'exorcisant, le prêtre a déclenché une hystérie collective. Toutes les conditions étaient réunies.
La ville la plus proche se trouvant à 9 heures de marche à travers des chemins de montagne périlleux, Morzine était un village en autarcie empêtré dans une ferveur moyenâgeuse et une consanguinité généralisée, le tout aggravé par la malnutrition, faute de viande. Les hommes étaient malgré tout relativement sains car ils passaient 8 à 9 mois par an dans le monde extérieur pour travailler ; 8 à 9 mois de rationalité et de protéines. Les femmes en revanche ne sortaient jamais de Morzine, et leur état très dégradé, à force de carences et de fanatisme religieux, devait tôt ou tard se finir en désastre.
Après cet épisode, Morzine a été sortie d'urgence de l'isolement par l'aménagement d'une route vers Thonon-les-Bains. Revigorée par l'arrivée de denrées, de sang neuf et du monde moderne, Morzine a même prospéré au XXe siècle grâce aux sports d'hiver et au festival d'Avoriaz.
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Publié par Jean-Charles Pouzet sur Caedes le 30-12-2025
